Jusqu'à il y a encore peu de temps, je ne me préoccupais pas de savoir vraiment ce qui se trouvait dans mes cosmétiques, du moment que la composition entrait dans les critères des "bonshommes qui sourient" de Rita Stiens... (pour ceux qui ne connaissent pas cette bible absolue, allez jeter un oeil ici: LIEN)

Donc jusque là, que les huiles soient de première pression à froid ou estérifiée m'importait peu, du moment que leurs effets sur la santé soient inoffensifs. Puis c'est en lisant je ne sais plus quel article que je me suis penchée de plus près sur la question: MAIS QU'EST CE QUE C'EST, UNE HUILE ESTERIFIEE? Et il est vrai que de plus en plus de marque Bio utilisent ces huiles comme huiles principales dans leurs produits. Alors de quoi en retourne-t-il vraiment?



Comment les reconnait-on?
Voici sous quels noms on retrouve les huiles estérifiées dans les compositions INCI de nos produits (liste non exhaustive): Caprylic/Capric Triglyceride - Coco Caprylate Caprate - Oleyl Erucate - Oleyl Linoleate - Decyl Oleate - Coconut alkanes - Dicapylyl Carbonate - Isoamyl laurate  Isoamyl laurate 

On les retrouve aussi dans des groupes de composés d'une structure chimique légèrement différente, comme par exemple l'éther: Dicaprylyl Ether - Octyldodecanol

Mais alors que sont-elles?
Les huiles estérifiées résultent en fait de la chimie des acides gras des huiles végétales, notamment de l'huile de noix de coco (ou parfois de l'huile de palme). Elles sont donc d'origine complètement naturelle.
Ce sont des huiles synthétiques, puisqu’elles ne sont pas issues directement de la pression de graines/pulpe comme les huiles végétales. Pour faire simple, l’estérification consiste à sélectionner des parties spécifiques de l’huile de coco, parfois à les combiner ensemble pour créer un nouvel ingrédient, avec de nouvelle propriétés. On les appelle les triglycérides ce qui signifie que trois acides gras sont liés à une unité de glycérol (glycérine).
Le glycérol est un polyol, un alcool triple auquel trois acides gras peuvent se lier.



Les arguments CONTRE?
Une huile végétale représente à elle seule tout un combo de propriétés et un mélange d'agents actifs complexe. Une huile estérifiée n'aura qu'une partie de ses propriétés, et est donc une huile "appauvrie" comparativement à l'huile végétale pure dont elle a
été tirée (matières actives, vitamines etc). Une huile estérifiée n'est pas un produit "de la nature", puisqu'elle est issue d'une manipulation chimique (qui je le rappelle est sans danger): on ne pourra jamais la trouver à l'état pur.

Les arguments POUR?
La méthode d'obtention des huiles estérifiées n'est aucunement polluante, et elles restent malgré tout des produits d'origine naturelle, elles sont parfaitement bio- dégradables, au même titre qu'une huile végétale pure. Elles ne sont ni occlusives ni comédogènes (certaines huiles végétales le sont), ne sont ni irritantes ni toxiques. Aucun impact négatif sur la santé.

Elles ont un effet "silicone like", elles rendent les crèmes plus onctueuses, douces, légères, bien plus faciles à faire pénétrer. Elles permettent en vérité d'obtenir des textures telles que celles des cosmétiques conventionnels, qu'on ne pourrait obtenir autrement.

Comme tous les corps gras, ce sont des émollients (assouplissants de la peau et des cheveux), qui sont des solvants ultra efficaces pour véhiculer des actifs lipo- solubles. Elles favorisent l'étalement et la pénétration dans l'épiderme, bien plus qu'une huile végétale pure, et elles sont aussi des agents de brillance à elles seules.



A savoir:
Les huiles estérifiées ne coutent pas moins cher que les huiles végétales pures. Tout comme certaines huiles végétales sont peu chères et d’autres hors de prix, il en va de même pour les huiles estérifiées. S’il existe des huiles estérifiées bon marché comme l’Ethylhexyl Palmitate ou l’Ethylhexyl hydroxystearate -elles sont souvent d’ailleurs utilisées par des marques de cosmétique conventionnelle sont souvent d’ailleurs utilisées par des marques de cosmétique conventionnelle-,  la plupart de celles qui sont utilisées en cosmétique naturelle et bio ne sont pas bon marché.

Le Caprylic capric/tryglycéridepar exemple, vaut le prix d’une huile végétale bio de tournesol végétale bio de tournesol. D’autres plus « techniques » comme le Coco Caprylate, l’Isoamyl laurate ou le Dicaprylyl carbonate coûtent  4 à 5 fois plus cher qu’une l’Isoamyl laurate ou le Dicaprylyl carbonate coûtent  4 à 5 fois plus cher qu’une huile végétale pure bio type tournesol ou Carthame.

Exemples des "aptitudes" des huiles estérifiées:
Prenons comme exemple l'huile de noix de coco, réputée pour pénétrer la cuticule des fibres capillaires. En fait ce n'est vrai qu'en partie, puisqu’en réalité ce sont uniquement ces triglycérides à chaîne moyenne qui pénètrent (les fameux Capric Triglycérides, contenus dans l'huile de coco), et non pas l’huile de coco pure entière. Les autre acides gras (acide laurique principalement) eux, ne pénètrent pas. 

De plus certaines natures de cheveux (secs/crépus/frisés) n'aiment pas l'huile de coco pure en grande quantité, à cause de l'acide laurique (acide gras bénéfique), mais qui au delà d'un certain pourcentage et qui utilisé de façon trop régulière peut avoir un réel effet asséchant. 

Dans ce cas l'huile estérifiée permet d'avoir tous les avantages de l'huile de coco pour la fonction donnée (ici renforcer la tige capillaire et la protéger) sans en avoir les inconvénients. Elle est utilisée pour accroitre l'efficacité du produit pour une utilisation ciblée. 

Autre exemple: certains actifs comme les lipides ajoutés (pour adoucir, lisser et nourrir à fond la peau) ont besoin pour être au maximum de leur efficacité d'être véhiculés par un solvant huileux particulier. Or ce n'est pas dans des huiles végétales qu'ils sont les plus efficaces mais dans l'Isoamyl Laurate (celle-ci en particulier, et pas une autre huile estérifiée). Elle a de plus l'avantage de présenter les mêmes avantages que l'acide laurique (brillance, lissage, douceur) sans en avoir l'effet asséchant. 



Alors en conclusion?
Personnellement les huiles estérifiées ne me dérangent pas, surtout que souvent elles sont combinées à de vraies huiles végétales pures dans les compositions des cosmétiques Bio. Le danger serait qu'à terme, les marques n'utilisent que des huiles estérifiées, mais on en est encore loin car les huiles végétales ont de multiples vertus qu'on ne peut ignorer.

Si elles peuvent permettre d'obtenir des textures aussi douces et légères que les cosmétiques lambdas, et ainsi permettre à de nouvelles personnes de
se tourner vers les cosmétiques bio, bien plus sains pour leur santé et celle de leur famille, je dis pourquoi pas après tout. Moi la première, j'aime les textures non grasses, non collantes, qui pénètrent vite et bien, qui aient une action ciblée et qui soient agréables à utiliser. Et ça, sans les huiles estérifiées, il me semble que c'est trèèès difficile à obtenir...